Rebecca Owona (promo 1994) : « intégrer la dimension humaine dans ce que nous faisons est pour moi un acte essentiel. »

Dans cet entretien Sharing Time, nous recevons Rebecca Owona, Déléguée Générale de la Caisse Sociale de Développement Local (CSDL). Elle possède plus de 15 ans d’expérience en microfinance et analyse de risques financiers. La première question qui nous vient naturellement à l’esprit est, pourquoi t’être orientée vers la microfinance ?

Je travaillais depuis 2 ans dans une société de caution qui partageait le risque financier des banques dans des projets de création, de reprise ou de développement d’entreprise. Je faisais de l’analyse de risque toute la journée à partir du seul dossier sans jamais voir les porteurs de projets pour lesquels j’émettais un avis qui pouvait changer la finalité de leur parcours. Je trouvais au fil du temps qu’il manquait un volet à l’analyse qui était l’humain ; la motivation d’un porteur, sa détermination à réussir, son état d’esprit, les épreuves qu’il avait traversées jusque-là et l’engagement de son entourage à le soutenir…autant d’éléments d’analyse que je voulais pouvoir examiner plus complètement et associer à l’étude de faisabilité économique d’un projet.

C’est ainsi que tu travailles depuis 18 ans maintenant à la CSDL. Peux-tu nous raconter comment tu t’y es retrouvée et quelle est l’évolution que tu y as suivie ?

Ayant fait le constat que mon expérience en tant qu’analyste bien que très formatrice ne me satisfaisait pas complètement pour les raisons citées plus tôt, j’ai commencé à chercher ce qui pourrait faire le lien entre ma formation classe prépa / grandes écoles et mon penchant naturel vers le secteur du social ; J’ai découvert le principe de « banque sociale » et l’existence du micro crédit. Pour avoir un peu plus de légitimité quant à l’approche sociale, j’ai décidé de faire du bénévolat pendant quelques mois au sein de l’antenne régionale de Médecins du Monde. C’est le directeur régional de cette structure humanitaire (François COUGOUL à qui je rends hommage) qui m’a mise en relation quelque temps plus tard avec le président de la Caisse Sociale de Développement Local (CSDL). J’y ai commencé comme analyste plus spécifiquement en charge de l’évaluation sociale du porteur de projet et responsable de l’accompagnement des entreprises financées ; Ce que j’ai fait pendant 12 ans avant de prendre la direction de la structure il y a 4 ans.

Quel beau parcours! Si l’on rebondit justement sur cette expérience auprès de Médecins du Monde et que l’on fait le lien avec cette “réorientation” professionnelle, qu’est-ce que ce contact humain représente finalement pour toi ?

J’avais déjà un fort intérêt pour l’humain, ses différences, ses expériences, sa culture… A Médecins du Monde j’ai énormément appris aux côtés de bénévoles et de salariés sur l’écoute de l’autre et la prise en charge de la souffrance. J’ai gagné en humilité…Les personnes qu’on y accueillait nous arrivaient bien souvent dans une fatigue psychique et physique profondes ; Elles étaient démunies matériellement mais nous apportaient à nous, bénévoles, au moins autant que nous leur apportions. Les combats qu’elles menaient pour rester debout forçaient l’admiration et le respect.

La CSDL est une banque dite de l’économie sociale qui permet à des personnes exclues du système bancaire classique d’avoir accès à un crédit, soit pour financer leur emploi, soit pour faire face à une nécessité sociale. On n’en retrouve pas énormément en France. Pourquoi d’après toi ? La CSDL a-t-elle des projets d’expansion dans d’autres régions de France ?

En réalité il en existe mais qui ne sont pas appelées explicitement des banques sociales mais plutôt des structures de micro finance ou des organismes de micro crédit ; Ce sont en général des réseaux nationaux qui ont un positionnement unique soit ils font du prêt d’honneur toujours adossé à du prêt bancaire classique, soit ils font du microcrédit en remplacement d’un prêt classique. La CSDL est à ma connaissance en France la seule qui fait du sur-mesure et qui a le champ d’intervention le plus large qui soit sans se donner à priori de limites si ce n’est celle du plafond d’intervention puisqu’il faut bien en matière de risque en avoir un 12 000 € ici en l’occurrence. Elle a été également précurseur sur le microcrédit personnel en France.

Nous intervenons potentiellement à n’importe quel stade de la vie de l’entreprise, en complément ou non d’un autre financement, pour financer ce qui ne l’est pas par les circuits traditionnels sans prise de garantie réelle sur les biens du chef d’entreprise. Il faut pour cela que le projet ou l’entreprise après étude nous paraisse viable économiquement et que le porteur ou chef d’entreprise nous convainque qu’il a les capacités de mettre tout en œuvre pour y arriver.

La CSDL a pour l’instant l’ambition de faire évoluer son offre et d’aller encore plus loin dans le champ économique en s’attaquant à la sauvegarde des très petites entreprises en difficultés.

Belle cause que nous ne pouvons qu’encourager et nous sommes d’autant plus fiers qu’une ancienne élève soit partie prenante. Si nous en parlons justement, du lycée Fustel de Coulanges, vingt ans plus tard puisque ton bac tu l’y as obtenu en 1994. Gardes-tu des souvenirs de ton passage au lycée ? Es-tu toujours en relation avec des personnes de ta promotion ?

Oui les années lycée à Fustel ont été de belles années ; des années d’insouciance dans un cadre protégé avec des professeurs bienveillants et investis. J’y ai fait 7 ans de théâtre une expérience formidable. Mes amies de l’époque sont aujourd’hui toujours mes meilleures amies… Et puis j’y ai rencontré l’Amour de ma vie avec qui je suis toujours aujourd’hui.

Formidable histoire… Et fraîchement diplômée, quel parcours académique as-tu suivi ?

Après avoir obtenu mon bac ES en 1994 avec mention, je suis partie en France à Montpellier chez une soeur de ma mère où j’ai effectué une classe prépa avant d’intégrer l’Ecole Supérieure de Commerce de Grenoble ; Ensuite avec mon diplôme d’ingénieur en poche je suis partie m’installer sur Bordeaux où vivait mon futur époux et j’ai fait un DESS (ancien master 2 je crois) en création d’entreprise et gestion de projet.

Enfin, au regard de l’expérience que tu as acquise, quelle importance cela a-t-il d’après toi d’intégrer une dimension sociale et humaine, ici dans le domaine bancaire, mais finalement, dans n’importe quel autre domaine ?

Chacun de nous a besoin de l’autre pour mieux se connaître soi-même, se construire et grandir (devenir meilleur). 

Intégrer la dimension humaine dans ce que nous faisons est pour moi un acte de responsabilité, c’est ESSENTIEL. Sans cela ce que je fais n’aurait aucun sens.

Cet article est paru le 13 octobre 2020.

Propos recueillis par Dona Biyong (promo 2014).

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