Georgina Siaba (promo 2011) : militante pour les droits des enfants en Afrique

Chère Georgina, tout d’abord merci de nous accorder cette interview pour nous parler de ton parcours !

Merci à l’ALFY de l’intérêt et de mettre en lumière mon parcours que j’ai le plaisir de partager modestement avec tous.

Plaisir partagé, peux-tu s’il te plait nous donner les parcours académique et professionnel que tu as suivis depuis que tu as obtenu ton baccalauréat à Fustel ? Qu’en retiens-tu particulièrement ?

Issue de la promotion du baccalauréat 2011 au Lycée français Fustel de Coulanges de Yaoundé (série ES) c’est à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne que j’ai commencé mes études dans le supérieur. J’y ai obtenu une double Licence en Sciences Politiques et en Droit. Aussi mythique et prestigieuse qu’est la Sorbonne, elle reste par ailleurs une faculté et, au fil des années, j’ai senti la nécessité d’intégrer une école de commerce afin d’avoir un apprentissage que je qualifie de moins « théorique ». À cet effet, j’ai intégré l’ESLSCA Paris Business School en Master of Business Administration, spécialité finance, et aujourd’hui, je suis analyste financier et conseiller en investissement dans un cabinet américain. En fait, je ne tirerai pas de grandes conclusions pour l’instant (et donc de conseils avisés) car je pense qu’en dessous de la trentaine on est encore dans les “learning years” de la vie en d’autres termes « des fœtus », contrairement à ce que l’on pourrait penser. Néanmoins, les leçons que je retiens de ces quelques années sont les suivantes :

  • Il est important de se connaître véritablement avant de s’engager sur une voie quelconque;
  • Ne pas laisser quelqu’un faire plus que nous, toujours apprendre. Pour le domaine particulier de la finance, il est très compétitif et ses outils évoluent constamment ;
  • Ne pas oublier de se bâtir un carnet d’adresses depuis le stade d’étudiant et s’exercer à l’entretenir.

Qu’est ce qui a motivé ce choix de parcours académique et ton passage à la Sorbonne ?

J’avais nourri en moi le projet d’intégrer la Sorbonne car, comme précisé, c’est un établissement prestigieux et d’excellence. Comme on dit “qui cherche la perfection obtient l’excellence”. Et plus personnellement, mon père qui est diplomate a également eu le même parcours en droit à la Sorbonne donc je pense que cela a dû avoir une influence inconsciemment ! En tant que sorbonnarde je peux témoigner de la qualité de l’enseignement , du sérieux et de l’engagement des amis étudiants qui constituent aujourd’hui mon réseau : ils sont devenus auteurs de plusieurs livres, présidents de représentations des partis politiques de leur pays en France, conseillers à la présidence dans leur pays, énarques … En somme, je pense que la labeur des études en a valu la chandelle.

Nous pourrions en dire tout autant de ta personne puisqu’on te retrouve également à la tête The N’Takou Peux-tu nous en dire un peu plus à son sujet ? Qu’est ce que c’est ? D’où vient ce nom ? Quelles en sont les missions/objectifs, les réalisations et les ambitions ? Et enfin, si tu as rencontré ou rencontres des difficultés particulières dans la gestion du projet ?

Depuis 2015, alors que j’étais encore étudiante, j’ai mis les voiles sur l’entrepreneuriat social et solidaire en créant l’association The N’Takou, association loi 1901 siégeant en Île-de-France. C’est une organisation internationale engagée sur de nombreux fronts de lutte contre l’inégalité d’accès à l’éducation populaire en Afrique, le nom “N’Takou” tire par ailleurs son origine des traductions des mots aide ou solidarité en langue Yacouba de l’Ouest ivoirien. Sur le terrain, nos domaines d’intervention vont de l’installation de bibliothèques scolaires avec des livres collectés en France, en passant par une banque alimentaire pour les cantines scolaires et aux plaidoyers pour le droit des enfants. En effet, nous nous réservons le droit de prendre la parole pour dénoncer les insuffisances et les abus du système éducatif dans les pays d’intervention. Nos actions s’inscrivent dans une dynamique Nord/Sud et s’alignent sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU. Finalement, The N’Takou vient en aide aux enfants en Afrique, indépendamment de leur tribu, de leur religion ou de leur sexe. Actuellement, nous travaillons sur l’installation de quatre bibliothèques en Côte d’Ivoire, une dans le village Soa au Cameroun et une autre à l’institut des jeunes sourds à Brazzaville. Face aux défis qui entourent nos pays africains d’origine, les attentes sont nombreuses, exigeantes et légitimes. Il est de notre devoir de rassurer par des projets viables, des réalisations concrètes en plaçant l’humain au centre de nos préoccupations. C’est sur cette réflexion que j’ai décidé de militer pour le droit des enfants en Afrique et d’exprimer ma citoyenneté. Concernant les difficultés, la plus insistante reste celle du financement. Une association qui n’a pas encore de notoriété se doit de gagner la confiance et faire ses preuves auprès des potentiels donateurs ou sponsors. J’avouerai que les débuts n’avaient pas la forme que les choses ont aujourd’hui. En fait, j’avais l’idée mais elle était mal exprimée et la méthode n’était pas la bonne. Mais c’est comme cela que l’on apprend. Cet engagement m’a valu le prix de la promotion citoyenne à Malakoff en 2017 et cette année, je suis nominée à un prix de leadership pour africains de l’étranger à Bruxelles dont la proclamation des résultats aura lieu en Juin prochain. Hors mis les reconnaissances, c’est une activité qui contribue à mon épanouissement, me permet d’exprimer la personne que je veux être et de visiter l’Afrique sous un autre angle.

L’association en France, peut-on y adhérer ? Quelles en sont les modalités et par quels moyens peut-on la soutenir ? Et sur quels réseaux peut-on suivre les activités qui y sont liées ?

Alors, nous serions enchantés d’accueillir des élèves du Lycée français Fustel de Coulanges – Officiel ou ses alumni pour un stage, un service civique, du bénévolat, recevoir des dons de livres/dons réguliers financiers et même recevoir vos idées. Pour adhérer à The N’Takou, il suffit de remplir ce formulaire en ligne sur la plateforme HelloAsso : , il suffit de remplir ce formulaire en ligne sur la plateforme HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/the-n-takou/adhesions/campagne-d-adhesion-2017-tousntakouAutrement, notre présence sur Facebook, Instagram, Youtube, Twitter et LinkedIn fait le pont entre The N’Takou et sa communauté et permet d’être informés en temps et en heure de notre travail. N’hésitez donc pas à nous suivre ! Pour toute requête autre, n’hésitez pas à nous laisser un message sur hello@ntakou.com.

Merci Georgina pour cette belle présentation de ton parcours et de l’association The N’Takou. C’est un projet porteur d’un message très lourd auquel l’ALFY adhère amplement. Enfin, quel(s) conseil(s) pourrais-tu donner aux personnes qui voudraient œuvrer comme toi dans le secteur de l’éducation en Afrique ?

L’école est face au marché de l’éducation. A l’international, l’éducation se veut être un secteur non-marchand par les lois des Etats. Dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas en Afrique. Quelle que soit l’initiative, une association, une application sur l’éducation, une start-up d’aide aux devoirs, je pense qu’il faut avoir une posture complémentaire et non concurrente au service public pour être bien reçu. Bien sûr il faut parler de son idée, frapper aux portes et aller à la conquête de ce que l’on mérite. Nécessairement, je pense qu’il faut se rappeler que “ si on se sent trop grand pour faire des petites choses, on sera trop petit pour faire de grandes choses.“ L’école est face au marché de l’éducation. A l’international, l’éducation se veut être un secteur non-marchand par les lois des Etats. Dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas en Afrique. Quelle que soit l’initiative, une association, une application sur l’éducation, une start-up d’aide aux devoirs, je pense qu’il faut avoir une posture complémentaire et non concurrente au service public pour être bien reçu. Bien sûr il faut parler de son idée, frapper aux portes et aller à la conquête de ce que l’on mérite. Nécessairement, je pense qu’il faut se rappeler que “ si on se sent trop grand pour faire des petites choses, on sera trop petit pour faire de grandes choses.“ Négliger les faibles commencements peut donc être une erreur.

Je vous remercie.

Merci à toi pour ce partage !

Cet article est paru le 21 avril 2019.

Propos recueillis par Marie Gabrielle Kouamedjo (promo 2014).

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