Aïcha Nono (promo 2005) : une carrière guidée par la passion pour le développement du continent africain

Bonjour Aïcha, heureux de te recevoir dans Sharing Time ! Après 6 ans de carrière en banque et conseil à Paris, guidée par ton désir de travailler au cœur du développement du continent africain, tu as intégré le programme Jeunes Professionnels (YPP en anglais) de la Banque Africaine de Développement (BAD) pour qui tu travailles à Abidjan. Alors, quel effet cela te fait-il d’avoir intégré ce prestigieux programme ?

Tout d’abord, bonjour à l’ALFY et merci de me donner cet instant de partage avec vous. 

Avant de vous répondre, il faut savoir que le programme Jeunes Professionnels est un programme qui existe dans plusieurs institutions internationales notamment la Banque Mondiale, les Nations Unies ou encore la BAD. Évidemment tous les programmes ne sont pas les mêmes, mais l’objectif semblable à ces programmes est de proposer à des jeunes professionnels, avec minimum 3 ans d’expérience, un programme d’apprentissage sur 2 à 3 ans afin de les former à devenir les futurs dirigeants de ces institutions. 

Concernant la BAD, 30 jeunes issus des 80 pays membres de la BAD, dont les 54 pays régionaux ainsi que les 26 pays non régionaux, sont recrutés pour suivre le programme qui dure 3 ans et formés pour évoluer rapidement au sein de la banque et devenir les futurs dirigeants de celle-ci. Le programme est ouvert tous les deux ans en moyenne. Pour ma promotion par exemple (2018) il y a eu plus de 7 000 candidatures pour finalement 30 jeunes sélectionnés dont heureusement et fièrement je fais partie. 

Enfin, pour revenir sur l’effet que cela m’a fait d’intégrer ce programme, ça a été pour moi une très grande fierté parce que je voulais rentrer sur le continent africain et je voulais avoir un poste plus centré sur le développement du continent. En ce sens, travailler pour un organisme international correspondait à mes attentes, et le faire via le prisme du YPP rajoutait encore plus d’intérêt à cela.

Comment y es-tu parvenue et en quoi consistent tes missions au quotidien ?

Tout simplement en postulant (rires). Non mais plus sérieusement, deux ans avant que je ne postule, j’ai vu qu’un ancien camarade de Science Po avait été pris à ce programme et j’ai donc découvert le programme via LinkedIn. Je me suis donc dit : « Pourquoi ne pas tenter ma chance ? ». De plus, je commençais à réfléchir à mon retour en Afrique, recherchant avant tout un métier qui me permettrait d’entrer dans le monde du développement. C’est donc comme cela que j’ai postulé et que j’ai été prise.

Comme spécifié précédemment, le programme s’étale sur 3 ans et durant ces 3 ans, les Jeunes Professionnels font plusieurs rotations dans différents départements. Le programme m’a donc permis de découvrir plusieurs départements, notamment : (a) celui en charge des investissements dans le secteur privé en infrastructures, (b) le département du risque où j’ai pu découvrir comment on fait pour évaluer les risques liés aux projets dans lesquels on investit et (c) le département du genre car c’est un sujet qui m’intéresse particulièrement. Dans ce dernier département j’ai pu prendre part à l’organisation du Global Gender Summit à Kigali en novembre 2019, une expérience humaine très forte. 

Le passage par ces différents départements est super enrichissant car ça te permet d’avoir différents prismes du travail au sein d’une banque de développement, ce qui fait la force de ce programme des jeunes professionnels.

Tu as été Senior Associate chez PwC avant d’intégrer la BAD. De ton expérience, quelles différences majeures notes-tu entre ces deux structures ? Pourquoi ce tournant ?

Eh bien les deux structures sont très différentes : PwC est une entreprise plus « capitaliste » si je peux m’exprimer ainsi dont l’objectif est d’avoir un maximum de revenus, donc secteur privé à 100%. Or, la BAD est une institution dont l’objectif premier est de concourir au développement du continent. Les approches sont ainsi différentes et derrière, les manières de travailler aussi. Par exemple, à la BAD, on va mettre beaucoup plus de temps pour évaluer un projet, en prenant en compte par exemple les résultats de développement que ce projet apportera, ce que par exemple, une banque commerciale qui va financer le même projet ne regardera pas forcement car son objectif à elle se situe sur les profits qu’elle pourra générer grâce à ce projet. Donc on va dire que les différences majeures reposent essentiellement sur ces deux différences d’approches. Après évidemment, il y a des bons et des mauvais côtés dans les deux systèmes et comme tout, il faut savoir tirer le meilleur de chacun des systèmes et essayer de s’accommoder des mauvais côtés.

J’ai fait ce tournant dans ma carrière car je voulais donner plus de sens à ce que je faisais, m’étant toujours dit que si je rentre ce serait vraiment pour contribuer au développement du continent, chose que je voulais faire à 100%.

L’essentiel de ta (jeune) carrière a été mené en France. À présent installée en Côte d’Ivoire, comment as-tu vécu ce retour sur le continent et ce changement d’environnement ? As-tu eu le choix entre plusieurs pays, si oui pourquoi ton choix s’est-il porté sur la Côte d’Ivoire ?

Alors oui, effectivement l’essentiel de ma jeune carrière a été réalisé à Paris mais j’ai aussi effectué beaucoup de missions en Afrique dès le début (Gabon, Sénégal, Maroc, Tunisie, Cameroun…). C’était un choix et une forte volonté de ma part de travailler sur des missions en lien avec l’Afrique et je suis toujours allée à la recherche d’entreprises, d’équipes, de managers qui pouvaient m’aider à assouvir cette envie. Ces expériences m’ont donc permise en amont de découvrir comment travailler sur le continent et de préparer mon retour d’une certaine manière. Je n’ai donc pas été tant que ça dépaysée quand je suis arrivée à Abidjan.

Oui, j’ai eu le choix entre plusieurs pays. Quand j’étais au Sénégal en mission j’y ai reçu une offre d’emploi ainsi qu’au Cameroun. J’avais donc le choix entre ces 3 pays et j’ai choisi la Côte d’Ivoire par rapport au programme des Jeunes Professionnels qui représentait une super opportunité pour moi comme expliqué tantôt. Malgré tout, si je devais choisir, mis à part ce programme, mon choix se serait définitivement porté sur le Cameroun.

Revenons à présent sur ton parcours post bac rapidement évoqué précédemment. Comment l’as-tu choisi une fois ton bac en poche en 2005 ? 

Pour être tout à fait honnête, je n’étais pas très au clair sur ce que je voulais faire. Je sais que je voulais travailler dans la finance et j’avais plusieurs choix qui s’offraient à moi, soit faire une classe préparatoire, soit aller à Dauphine donc j’avais quand même deux choix. Pourquoi la classe préparatoire ? On va dire en premier lieu par pression familiale (rires). Et j’ai compris aussi que pour travailler dans la finance, c’est un gros plus d’avoir un diplôme d’ingénieur. Donc j’ai fait une classe préparatoire, puis une école d’ingénieurs et dès que j’ai pu, j’ai bifurqué en finance grâce à un master à Science Po que j’ai fait en double diplôme durant ma 3ème année d’école d’ingénieurs.

Comment as-tu vécu le passage du statut étudiant à celui de travailleur ? Par ailleurs, tu as réalisé ta dernière année en alternance au Crédit Agricole, cela aurait-il facilité ton insertion professionnelle ?

Alors moi j’avais hâte de travailler, de prendre mon indépendance. Donc je l’ai donc très bien vécu ce passage d’étudiante à travailleuse et je pense que d’une certaine manière, c’est aussi ça qui m’a poussé à faire de l’apprentissage parce que je voulais travailler le plus rapidement possible. Cette année d’apprentissage a d’ailleurs fortement aidé à faciliter mon insertion professionnelle. C’est un peu comme une transition, on est toujours un peu étudiant, un peu travailleur, ça permet de faire ce saut de la manière la plus douce possible.

Enfin, si tu devais conseiller des étudiant(e)s ou jeunes professionnel(le)s qui envisagent aussi de s’engager dans une carrière en tant que fonctionnaires internationaux (FI), que dirais-tu ? De quel(s) atout(s) penses-tu qu’ils-elles doivent nécessairement être équipé(e)s ?

Personnellement, je ne suis pas très à l’aise avec le fait de parler de « faire carrière en tant que fonctionnaire international » mais plutôt avec la notion de passion pour le développement, c’est ce que je mets au cœur de la problématique. En effet, moi je pense que si tu es vraiment passionné.e par les questions liées au développement que ce soit de l’Afrique ou d’ailleurs de manière générale, il faut voir tous ces organismes internationaux ou ONGs comme des moyens à travers lesquels réaliser cette passion et à ce moment-là seulement, essayer de les rejoindre.

Ainsi, ce que je conseillerais dans un premier temps à ces étudiant.e.s/jeunes professionnel.le.s c’est d’essayer de se renseigner au maximum sur les différents métiers qui peuvent exister au sein des différentes institutions afin de découvrir lesquels pourraient les intéresser.

Ensuite, si c’est vraiment la voie choisie, idéalement se diriger vers des études qui vont aider à y parvenir. Par exemple moi à Science Po, je n’ai pas fait des études dans ce cens là mais je sais qu’il y’a plusieurs masters qui ont trait avec ce genre de métiers (public administration, action humanitaire) donc idéalement essayer de se diriger vers ce type de formations ou même si on n’a pas suivi ces formations spécifiques comme moi, se renseigner sur les différents organismes internationaux et essayer de voir quelles sont les voies et moyens de les intégrer (par exemple YPP).

En ce qui concerne mon profil, je pense que le fait d’être active dans plusieurs associations qui ont trait avec le continent voire encore le fait d’avoir eu plusieurs expériences professionnelles sur le continent dans le cadre de mon travail de consultante bien que basée à Paris ont rendu mon CV intéressant pour une organisation internationale telle que la BAD.

Cet article est paru le 19 février 2021.

Propos recueillis par Maris Gabrielle Kouamedjo (promo 2014).

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