Charles Harvey Bibehe (promo 2012) : l’âme d’un mélomane

Les réseaux sociaux ont cela d’utile dans le domaine artistique : ils permettent d’accroître sa visibilité et sa notoriété. Ce fût le cas pour Charles Harvey, mieux connu sous le surnom de Charly Boy.

Comment as-tu « percé » ?

Tout d’abord, je tiens à vous en remercier pour cet échange.

Sans aucun doute grâce à « Moonlight » en featuring Synapson, vidéo qui au moment de l’article comptabilise déjà 1 645 815 vues. En effet lorsqu’on passe la barre du million pour la première fois, c’est juste indescriptible. Ensuite, on en veut et redemande toujours plus. La suite, c’est le million solo et le disque d’or solo. 

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le monde de la musique ?

Il est vrai que depuis tout petit, je possède cette sorte de « fibre artistique ». Ma maman me disait que je dansais déjà dès l’âge de 1 an lorsqu’elle me disait : « on monte, on descend » et j’exécutais les mouvements comme si je comprenais un mot de ce qu’elle me racontait, c’est dire si j’ai le rythme dans la peau (rires).

Depuis tout petit, j’ai l’âme d’un mélomane, lorsque d’autres enfants passaient leur temps à jouer, j’étais devant la baie vitrée de mon salon, celle qui me faisait office de miroir, en train de danser et chanter sur du Michael Jackson ou encore du Lionel Ritchie.

J’étais le petit garçon qui avait toujours son show de 10 minutes aux soirées de son grand frère ou encore qui « allumait le feu » avec des pas de Harlem Shake (la version originale) lors des remises de trophée des mégasports alors que je n’étais encore qu’au cours élémentaire. Enfin bref… Le déclic c’est quand je rencontre le groupe Synapson et qu’on enregistre donc mon plus gros titre « Moonlight », évoqué précemment, issu de leur album Convergence sorti en octobre 2015 et la petite histoire est la suivante. 

Je me suis retrouvé pour la première fois chez Enguerrand (un ami de mon ami Flem) avec Flem et il y avait des rappeurs qui faisaient des freestyle. Soudainement, Jonathan que je ne connaissais pas non plus à l’époque m’a pris en vidéo sur le morceau phare du groupe « Djon Maya Maï » du talentueux artiste qui nous a malheureusement quittés, Victor Démé. Cette courte vidéo d’à peine 15 secondes a été l’élément déclencheur de tout puisque le lendemain je reçois un appel me disant « Synapson veut ton contact ». La vidéo avait été postée la veille sur Instagram et le groupe est tombé dessus à l’aide des fameux hashtags.  Une semaine après on enregistre un tube qui à mon grand regret n’aura pas de clip mais il faut quand même dire que je dois remercier les réseaux sociaux, mon histoire a le mérite d’être comparée à un « Rêve Français » puisque l’album sera couronné d’un disque d’or.

Ce pan de ta personnalité et ton envie d’y faire carrière a t’il été facilement « validé » par tes proches ?

« Charly Boy » ou encore « Charley » a toujours été un petit veinard mais en effet, j’ai eu vraiment beaucoup de chance d’avoir ma famille, mes amis et tous mes proches qui m’ont toujours soutenu et encouragé. Je tiens d’ailleurs à leur adresser tous mes remerciements, ils sont la raison pour laquelle je continue car je veux les rendre fiers. Du coup, au lieu d’être l’artiste qui se bat pour prouver à ses parents qu’il en vaut la peine, je suis plutôt celui qui ne veut pas les décevoir car ils m’ont déjà en quelque sorte « validé ». En tous cas, j’ai leur bénédiction ainsi que leur approbation et c’est le plus important. 

Quelles études as-tu suivies après le lycée Fustel de Coulanges ?

Alors j’ai un parcours assez atypique car après l’obtention de mon baccalauréat scientifique, j’ai commencé par une école d’ingénieurs pluridisciplinaire l’ESME, ensuite j’ai bifurqué à l’ISG, une école de commerce. En fait, je trouvais que l’école d’ingénieurs me demandait une implication que je ne pouvais pas lui consacrer à cette époque, ce fut quand même une expérience très intéressante car elle m’a permis de faire quelques belles rencontres. Non pas que c’était plus facile mais il y avait plus de souplesse dans les programmes et l’aménagement de l’emploi du temps en école de commerce. Je finis par intégrer l’IPAG Business School une école de management dont je suis fraîchement diplômé. J’ai donc actuellement un Master 2 « Formation Supérieure au Management, spécialisation Entrepreneuriat, Management et Réseaux » en ma possession.  

Comment t’es-tu organisé pour gérer études et musique? 

Ce n’est pas si simple d’alterner entre l’école et la musique mais c’est ce qui est passionnant, j’ai toujours été un personnage décalé du coup c’était un challenge qui ne me mettait pas mal à l’aise. Au contraire, j’étais content de voir que je suscitais le respect des autres et sensible à l’attention particulière qu’on m’accordait lorsqu’on aimait mes œuvres musicales. Tout est une question d’organisation mais si j’ai un conseil à donner c’est que l’art ne doit pas prendre le dessus sur les études pendant que vous les réalisez. Après les études vous aurez tout le temps de vous consacrer pleinement à votre passion si vous avez toujours su lui faire de la place dans votre emploi du temps scolaire, vous réussirez à l’intégrer dans celui de votre vie active (facile à dire mais pas facile à faire). Pour cela il vous faudra du courage, de la persévérance et du travail. 

Sur le long terme, quels sont tes projets d’artistes ?

Je pense que l’accomplissement personnel d’un artiste se retrouve dans les certifications que le public lui attribue en fin de compte. Le disque d’or, de platine ou de diamant. Le million de vues, les 10 millions, les 100 millions et le milliard. Après ça je pense que j’irai me reposer (rires).  J’ai envie de faire de la musique qui motive les gens, les aide à se dépasser, à garder le sourire et à s’éloigner de la dépression.

Des conseils à donner sur la base de ton parcours ?

Soyez vigilants et attentifs (j’adore les pléonasmes). Ne soyez pas influençables et bornés. Soyez respectueux de votre environnement, ça comprend également le fait de respecter vos semblables mais à vrai dire, il y a un peu de « vert » dans tout ça également (rires). Ne brûlez pas les étapes, tout vient à point à qui sait attendre et travaillez avec acharnement. Enfin, soyez vous-même, appréciez-vous à votre juste valeur, accordez-vous beaucoup de temps et partagez avec vos proches ou des professionnels vos inquiétudes. Vous n’êtes pas seul et d’autres comme vous sont passés par là avant vous. Et une dernière chose, faites attention à l’utilisation des réseaux sociaux, ne vous appropriez pas la vie d’autrui, on est tous unique et nous avons tous un parcours et un destin différents. Soyez vrai et curieux, profitez également de la vie.

L’état d’esprit que je préconise est celui d’un éternel amoureux du bonheur, d’un travailleur dévoué à rendre son monde meilleur.

Enfin, des souvenirs marquants de ton passage au lycée à partager ?

Il y a des parcelles d’anecdotes et de souvenirs à foison concernant ce lieu dans ma mémoire! Cependant, un des aspects m’ayant le plus marqué à Fustel fut ce côté « Potin » qui fait partie intégrante de l’esprit des écoliers de cet établissement. Bien entendu, il existe, selon moi, également au sein de toutes les écoles du monde.  Néanmoins, il est assez prononcé dans ce dernier car la proximité entre les élèves et les parents d’élèves fait à ce que « tout le monde se sente obligé de savoir ou de raconter la vie de tout le monde » sans pour autant prendre la peine et le temps de se dire que cela peut éventuellement blesser, causer du tort aux personnes concernées.  En effet, beaucoup de mensonges qui ont été colportés ont souvent gâché l’expérience qu’est censée apporter l’école avec un grand E.  L’apprentissage dans l’optique de perfectionner ses connaissances théoriques et pratiques; connaître les règles de bienséance censées refléter une éducation distinguée; trouver sa place, son identité dans la société ou encore apprendre à respecter autrui, ses semblables privilégiant le développement d’une solidarité nécessaire sont d’autres aspects des valeurs que sont censées représenter l’École.  Heureusement, Fustel ne déroge pas à la règle car cet établissement fait partie de ceux qui par lesquels commence la formation de certaines élites de demain. 

Cet article est paru le 04 mars 2019.

Propos recueillis par Marie Gabrielle Kouamedjo (promo 2014).

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