Emma Vidal (promo 2011) : œuvrer pour le développement (durable) de l’Afrique à travers la sensibilisation à la santé et la promotion culturelle pour le tourisme, « l’edu-tainement »

Cameroun, Sénégal, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Gambie, Burkina Faso, Mali, Maroc, Bénin, Seychelles, Madagascar….le nombre de pays visités par Emma Vidal n’en finit pas. Derrière les voyages de cette citoyenne du monde, se cachent le désir de dévoiler les beautés méconnues du continent mais aussi la volonté de contribuer au développement du continent à travers des campagnes de sensibilisation sur les enjeux liés à la santé.

Que fais-tu actuellement dans la vie ?

Actuellement, je bosse actuellement pour le RAES (Réseau Africain d’Education à la Santé). Notre mission principale est d’éduquer les populations d’Afrique de l’Ouest aux Droits et Santé Sexuelle et Reproductive via des activités de communication de masse et de divertissement.

Je suis Cheffe de projet sur un projet visant à sensibiliser la population à la planification familiale et l’accès à la contraception dans la zone.

Que faites-vous concrètement ?

Nous créons des contenus de communication adaptés pour parler de ces sujets, souvent tabous (premiers rapports sexuels, les règles, l’excision, les mariages précoces, les avortements non médicalisés, les MST/IST, etc.), et participer au développement des pays, via le secteur de la santé. Par exemple on utilise les radios, très écoutées dans les milieux ruraux africains, on crée des séries-TV, etc. En vrai, il y a de véritables problèmes ici. Je pensais le savoir mais depuis que je suis sur le terrain, il n’y a pas un jour où je ne suis pas choquée par une réalité concernant la santé sexuelle des jeunes. C’est dingue.

Quel parcours as-tu suivi pour ce faire ?

Au lycée, j’adorais l’économie et l’histoire géo, et je détestais le français et la physique. C’est donc naturellement que j’ai fait un Bac ES. Suite à l’obtention de mon bac, très sincèrement je ne savais pas du tout ce que je voulais faire, alors j’ai fait comme mon grand-frère : une Licence AES (Administration Économie et Sociale) avec une spécialité gestion d’entreprise, à l’université de Marseille puis de Montpellier. Entre ma deuxième et ma troisième année, j’étais revenue au Cameroun quelques jours pour des vacances et je me suis soudainement dit une chose : « Ce pays est beau, et c’est très dommage que peu de gens puissent voir les paysages que je vois ». En parallèle, je me disais également et depuis très jeune « Comment faire pour aider les populations les plus défavorisées ? ». Partant de ces deux constats, très clairs dans mon esprit, je me suis dit que j’allais faire un Master en Développement avec une spécialité sur le Tourisme. Quelques minutes après, j’ai tapé sur Google « Master Développement du Tourisme », en premier résultat je suis tombée sur une école au Canada (Montréal), et douze mois après j’y étais.

Comment s’est passée cette expérience au Canada ?

Mes études m’ont passionnée mais j’avoue avoir eu quelques difficultés au départ car c’était un master de recherche donc il y avait beaucoup de lectures, d’écrits, en respectant la démarche scientifique qui est très rigoureuse et pas facile à acquérir. Toutefois, le système canadien me convenait beaucoup plus que le système français : peu de hiérarchie entre les professeurs et les élèves, peu d’heures de cours (mais beaucoup de travail personnel), on choisissait certains cours et certains horaires. En bref, pas d’autorité mais beaucoup d’autonomie. Ainsi, pendant deux ans, j’ai travaillé sur le développement du tourisme sous différents angles (sociologie, psychologie, histoire, marketing) et je me suis concentrée dans l’ensemble de mes travaux sur le Sénégal. En fait, je voulais un pays d’Afrique francophone, stable politiquement, avec une offre touristique existante et une vraie volonté du gouvernement d’accompagner ce secteur. Comment vous dire qu’il n’y en avait pas plusieurs ! Mon mémoire d’étude portait sur « L’influence de la communication dans l’intention de voyager, du Québec au Sénégal », avec une étude comparative entre la Colombie, la Turquie, la Chine et le Sénégal.

Quelle fût la suite après l’obtention de ton master « Développement du Touisme » ?

Suite à mon Master, j’ai hésité à bosser dans le domaine du Développement ou du Tourisme (ne pouvant pas, sans véritable expérience, intégrer un Ministère du tourisme ou l’OMT, la branche tourisme de l’ONU).

Je me suis rappelée que mon intérêt premier c’était le développement de l’Afrique, tous secteurs confondus, et que ma touche un peu perso est que cela peut être rendu possible notamment par le développement du secteur touristique du fait de l’économie qu’il peut engendrer lorsqu’il est durable.

Je me suis également rendue compte qu’en fait les business d’agence de voyage ou tours opérateurs ne m’intéressent pas professionnellement. Ce sont vraiment les stratégies de développement qui ont mon intérêt.

Je me suis ainsi décidée à bosser dans le Développement dans un premier temps. J’ai donc travaillé deux ans à l’AFD (Agence Française de Développement, banque de développement de la France qui finance les projets de développement dans les pays du Sud) en communication, stratégie et évènementiel à Paris puis Dakar. Par la suite, j’ai intégré l’ONG RAES (Réseau Africain d’Education à la Santé) où je bosse actuellement.

Quels sont tes objectifs sur le long terme ?

C’est assez simple : continuer à bosser dans des ONG ou organisations internationales (éventuellement faire un VIE avant mes 29 ans) et créer, en parallèle, mon propre business dans la promotion du tourisme en Afrique (je cherche encore l’inspiration, la VRAIE lol).

Pourquoi le tourisme ?

En fait, je suis née globetrotteuse, à mes dépens. Je suis franco-nigérienne, née en Côte d’Ivoire. Avec ma famille, on déménageait tous les 3 ans en moyenne (aller-retours France-Afrique) du fait du travail de mon père. J’ai ainsi vécu, chronologiquement, à Paris, Abidjan, Montpellier, Dakar, Marseille, Yaoundé, Marseille, Montpellier, Montréal, Paris, Dakar. Soit 11 déménagements, 12 ans en Afrique, 11 ans en France, 2 ans au Canada.

Très honnêtement, sur le moment, ce n’était pas facile. Quand on est jeune on a ses ami(e)s de classe, ses habitudes et devoir tous les 3 ans arriver dans un endroit totalement inconnu, faire des rentrées de classe, s’adapter à la culture, ce n’est pas facile. Mais j’estime avoir été chanceuse car ces expériences m’ont transmis une vraie ouverture d’esprit et de cœur, des valeurs telles que la tolérance et le respect dont je suis fière, et que je continue à nourrir régulièrement à travers mes voyages de loisirs (les voyages nourrissent beaucoup l’Être).

Comment allier cette passion pour le tourisme et vie professionnelle ?

Je voyage soit lorsque je peux prendre quelques jours de congés, comme tout le monde, soit lorsque je suis entre deux contrats (c’est généralement à ce moment-là que je profite pour beaucoup bouger), soit lorsque je fais un voyage d’affaires et que j’en profite sur place pour visiter après le travail. Ce n’est qu’une question d’organisation et de priorités face à d’autres occupations.

Je vous invite à me suivre (sans modération !) sur mon compte Instagram (@girlaroundafrica) où je suis très pro-active quant aux différentes questions que je reçois quotidiennement sur les pays que j’ai visités. Depuis deux ans je ne voyage que sur le continent africain pour avoir un maximum d’inspiration et de légitimité (Seychelles, Afrique du Sud, Cote d’Ivoire, Bénin, Maroc, Tunisie, Madagascar, Mali et, la maison, le Sénégal).

De quelle façon effectuerais-tu une connexion entre le monde de la santé dans lequel tu évolues actuellement et le tourisme que tu as à cœur ?

En surface cela peut paraître hors sujet, mais ces deux secteurs (sous l’angle sous lequel je les aborde) ont tous les deux pour objectif le développement (durable) de l’Afrique. C’est donc complètement lié. D’autant plus, que j’envisage ceci grâce aux moyens de communication : la promotion culturelle pour le tourisme et le divertissement pour la sensibilisation à la santé (edu-tainement).

Quelques conseils pour des personnes intéressées pour travailler elles aussi sur des questions liées au développement ?

Trouvez votre ou vos spécialités (si possible une seule), privilégiez les expériences de terrain (vouloir participer au développement de l’Afrique de Paris, c’est pas mal au début, mais c’est pas du concret, c’est pas la réalité !), n’ayez pas peur d’apprendre à vous adapter et sortir de votre zone de confort (même si ça fait peur lol).

Puis, je dirai également, ayez de multiples intérêts dans tous les autres secteurs pour votre propre culture (l’eau et l’assainissement, l’environnement, l’agriculture, etc.) et différents angles si possible via des expériences professionnelles (ONG, organisations internationales et bailleurs de fonds, gouvernements, etc.).

Si vous le pouvez, faites des VIE (Volontaires Internationales Entreprise), de ce que j’ai pu entendre, c’est une excellente expérience.

Par ailleurs, je ne veux pas vous casser dans le délire mais ne vous voyez pas comme un héros, vous ne sauverez pas la terre de sa misère mais c’est tout à votre mérite d’essayer d’au moins aider un petit groupe, sur un sujet particulier.

Enfin, gardez votre esprit critique face aux grands discours de grandes organisations internationales, le système d’aide est complexe et les pays ont leur intérêt partout. La charité totale c’est dans le monde des bisounours !

Enfin, la question ALFY, si tu devais nous partager un souvenir marquant de ton passage au lycée Fustel de Coulanges, quel serait-il ?

Alors, j’aurai passé en tout 3 années au lycée Fustel de Coulanges et il y’a eu énormément de souvenirs (bons et mauvais!) mais si je devais en retenir un ce seraient les personnes que j’ai eues la chance de rencontrer. En effet, la plupart de mes ami(e)s du lycée le sont encore aujourd’hui et font partie de mon cercle le plus proche et forment comme une seconde famille. Ces rencontres sont donc à la fois des souvenirs mais également mon quotidien et, je l’espère, encore les personnes créatrices de mes prochains souvenirs dans l’avenir !

Je rajouterai (bien que vous m’ayez restreint à une chose), l’organisation du bal de fin d’année en classe Terminale. Disons que nous n’étions pas très organisés et le comité d’organisation s’était alors divisé en deux : il y a donc eu deux bals (la même soirée, au même endroit mais pas dans la même salle, lol) et il me semble que nous avions lancé une mode car certaines générations qui ont suivi se sont également amusées à organiser deux bals. Pour celles et ceux qui me lisent, nous n’étions pas un exemple à suivre…mais nous nous sommes bien amusés, c’est le plus important.

Cet article est paru le 05 mai 2019.

Propos recueillis par Marie Gabrielle Kouamedjo (promo 2014).

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