Jean-Wilfried Kemajou (promo 2016) : fondateur de l’association Happiness Africa

Jean-Wilfried Kemajou a quitté le lycée Fustel de Coulanges en classe de 4ème en 2012 pour intégrer par la suite le lycée voisin Dominique Savio à Douala. Après l’obtention de son baccalauréat, il a intégré le programme Europe-Afrique de Sciences po avec l’intention de se former pour travailler dans la communication politique et de crise.

Peux-tu brièvement te présenter nous dire quelles études tu suis et où ?

Bonjour ALFY, alors je m’appelle Jean-Wilfried Kemajou, j’ai 21 ans et je suis actuellement étudiant à Sciences po Paris en troisième année. J’ai intégré le programme Europe-Afrique de Sciences po qui apporte une formation riche sur notre continent dans des disciplines diverses.

Dans quel secteur envisages-tu de te spécialiser et à terme de travailler ?

Alors, j’envisage de me spécialiser en communication politique et de crise. J’ai toujours été intéressé par la politique particulièrement par cette idée d’avoir un impact sur sa communauté. Ainsi, je veux véritablement travailler dans ce milieu sans forcément être un politicien et c’est l’avantage de la communication politique. Elle a généralement pour vocation d’aider à l’élection de la personne qu’elle sert avant ou pendant une campagne électorale et à favoriser le soutien de l’opinion publique lors de l’exercice d’un mandat. Dans la fiction, ce métier s’apparente parfaitement à Olivia Pope pour les puristes, le personnage central de la série Scandal.

En ce qui concerne la communication de crise, il s’agit de réduire les impacts directs de la crise en question et surtout limiter les polémiques, protéger la réputation d’une organisation en crise. Sciences po offre une formation dans ces secteurs et j’espère pouvoir obtenir des connaissances dans ces domaines pour y évoluer professionnellement. Il s’agit là de métiers nouveaux en Afrique, je considère qu’il est important de maîtriser ces évolutions pour garantir un développement réel de nos institutions à travers la maîtrise constante de l’image. Cela vient donc expliquer mon stage dans une institution publique et par la suite dans une entreprise car l’une nécessite une communication politique tandis que l’autre peut avoir besoin d’un accompagnement lors des crises.

Peux-tu nous en dire plus sur ces expériences professionnelles ?

Dans le cadre de ma troisième année, j’ai voulu réaliser des stages à l’étranger afin d’acquérir des compétences professionnelles. Ce faisant, j’ai pu réaliser un stage au Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) de Côte d’Ivoire à Abidjan, une institution qui conseille le gouvernement ivoirien. Mon objectif en intégrant cet organe était de maîtriser le fonctionnement d’une administration et dans un sens plus large, de comprendre l’impact des pouvoirs publics sur la vie des citoyens. Actuellement, j’évolue dans un milieu totalement différent car je réalise un stage à la Société Générale dans sa filiale sénégalaise. Après un passage dans le public, j’ai comme ambition d’analyser le fonctionnement du secteur privé et rien de mieux qu’une banque pour comprendre la structure de l’entreprise.

Tu es étudiant et entrepreneur et parmi les projets dans lesquels tu es investi il y’a « Hapinness Africa ». Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

Happiness Africa est une association créée en 2014 au Cameroun avec pour objectif d’apporter une aide aux Camerounais vivant dans la précarité. Selon moi Happiness Africa n’est pas une idée mais un devoir ; En tant qu’africain, nous avons le devoir d’apporter notre pierre à l’édifice. Nous devons tous, dans nos secteurs d’activités respectifs, trouver le moyen d’améliorer notre environnement. Cela peut passer par Happiness Africa ou par d’autres actions semblables. L’association se donne pour finalité d’être une plateforme participative d’actions humanitaires concrètes soutenant principalement la jeunesse camerounaise.

Quels sont les moyens d’action sur lesquels l’association compte reposer ?

A la base, il était question d’effectuer des visites dans les orphelinats de la ville de Douala. Mais nous avons voulu changer d’orientation, l’idée était d’apporter une aide véritable et faire des donations ne suffisait plus. C’est dans cette optique que nous avons voulu en 2015 organiser un gala de charité qui a été un réel succès, les fonds récoltés ont pu financer la rénovation d’un orphelinat à travers l’amélioration des infrastructures. En 2018, notre action se tournait principalement vers l’éducation et nous avons pu créer le projet One Kid One Dream, l’idée était de collecter des fonds pour financer la scolarité des orphelins. En effet, l’éducation étant une richesse inestimable nous pensons qu’il était de notre devoir d’apporter à ces jeunes la possibilité d’avoir un accès à une scolarité pérenne. 

A long terme, nous avons pour objectif d’accroître nos partenariats avec les acteurs du secteur privé comme public pour aboutir sur des projets d’une autre envergure afin d’améliorer réellement le quotidien des camerounais. Cela passe principalement par l’éducation mais aussi et surtout par la santé. La culture est une thématique importante à nos yeux également car nous voulons aider mais conscientiser pour améliorer les mentalités de ceux qui représentent l’avenir notre pays.

Quel est ton retour d’expérience sur la base de ce projet notamment en termes de difficultés rencontrées ?

Les difficultés sont fréquentes quand on veut s’engager dans l’humanitaire, je pense donc que le plus complexe a été le lancement. Quand on se lance dans ce type d’activité, il n’est pas aisé d’obtenir la confiance des potentiels donateurs, surtout quand on commence à 16 ans. De ce fait il faut faire ses preuves et montrer notre bonne volonté pour acquérir les soutiens. La méfiance est un sentiment compréhensible car des associations comme la nôtre, c’est quelque chose de fréquent. Mais par notre détermination et notre engagement nous avons pu bâtir une bonne réputation mais nous pouvons encore en faire davantage.

Comment t’organises-tu entre tes études et l’association ?

Pour être honnête, il s’agit là d’une question pertinente car l’organisation n’est pas chose facile. L’association est composée d’anciens élèves du Lycée Dominique Savio qui pour la plupart sont aujourd’hui dans diverses universités autour du monde. La distance est un facteur déterminant qui ralentit énormément notre efficacité ainsi que le temps car comme vous le savez, les études supérieures ne donnent pas toujours la possibilité d’avoir des activités sur le côté. Nous avons donc opté pour des événements ponctuels pour le moment. Il s’agit là de préparer un concept en amont, de l’étudier durant l’année universitaire et de le réaliser durant des vacances comme à Noël ou pendant l’été. Nous pensons qu’il est préférable de faire 2 bons événements dans l’année avec une excellente organisation que 10 événements médiocres. C’est un choix que nous jugeons plus intelligent. Cette répartition des périodes nous laisse le temps d’étudier convenablement et d’être actif par la suite dans l’association.

Des conseils si l’on souhaite se lancer dans l’humanitaire (secteur caritatif) que ce soit au Cameroun ou ailleurs ?

A vous mes frères et sœurs, je vous encourage d’œuvrer dans le secteur caritatif car je considère qu’il n’y a pas une plus belle action que le partage. Partager c’est un acte solidaire et c’est à travers la solidarité que nous allons bâtir une Afrique forte et soucieuse de son avenir. Sortons de notre individualisme et apprenons à encourager le vivre ensemble au-delà des critères partisans et tribales qui constituent les maux de nos sociétés. Si vous avez un talent ou une passion alors mettez à profit cela pour que d’autres puissent apprendre.

Nous rêvons tous d’une Afrique nouvelle et bien sachez que le changement commence par le questionnement, comme Kennedy l’a si bien dit « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

NDLR : Il est possible de suivre Happiness Africa sur Twitter, Instagram et Facebook. Toutes les actions de l’association sont publiées afin de garantir la transparence des œuvres réalisées.

Cet article est paru le 11 avril 2019.

Propos recueillis par Dona Biyong (promo 2014).

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